Démocratiser la puissance de calcul: pourquoi l’accès au HPC est essentiel pour tous

Computing for Humanity (CFH) s’engage à faire en sorte qu’aucune grande idée ne soit freinée par un manque de ressources informatiques. Lors d’une récente conversation avec Antonia Maar de Intersect360 Research — analyste basée en Europe couvrant les marchés mondiaux du HPC et de l’IA, et auteure des infolettres Intelligence, Explained et EU AI Act, Explained — nous avons exploré pourquoi élargir l’accès au calcul haute performance (HPC) est essentiel pour l’innovation, l’équité et l’impact.

“L’accès façonne la participation, et la participation façonne ce qui est construit”, souligne Maar. Si les chercheurs et les scientifiques citoyens ne peuvent pas exécuter des modèles ou traiter des données, même les meilleures idées restent inexploitées. Aujourd’hui, les marchés du HPC et de l’IA ont explosé — le marché mondial des infrastructures d’IA a atteint 193 milliards de dollars en 2024, avec une croissance de 121 % — mais la majorité de cette puissance de calcul est concentrée entre les mains de quelques grandes entreprises hyperscale.

Élargir l’accès n’est pas un acte de charité, mais une stratégie intelligente. Comme le souligne Maar, “la démocratisation n’est pas de la charité, c’est de l’efficacité”, car les grandes idées peuvent venir de partout, et pas seulement des laboratoires les plus riches. Lorsque davantage de chercheurs ont accès aux ressources de calcul, l’ensemble de l’écosystème d’innovation s’en trouve renforcé. Computing for Humanity incarne cette vision en fournissant des clusters issus de dons ainsi qu’une plateforme cloud gratuite (MyResearchCloud), afin que “le progrès humain n’ait jamais à attendre son tour pour accéder à la puissance de calcul”.

Le coût d’un accès inégal

Lorsque l’accès au HPC est inégal, la recherche tend à suivre les privilèges. Antonia Maar met en garde : un accès inéquitable “fait passer le privilège pour du mérite”— seuls ceux qui disposent de puissance de calcul semblent produire les meilleures idées. Avec le temps, les talents se concentrent dans un petit nombre d’institutions ou d’entreprises disposant des ressources, créant une “monoculture de l’innovation”.

Par exemple, en Europe et ailleurs, les talents migrent vers les endroits où se trouvent les ressources de calcul — souvent vers les hyperscalers américains et les institutions bien financées. Pour éviter de laisser des idées brillantes de côté, il est essentiel d’égaliser les chances. Cela rejoint la mission de Computing for Humanity : comme le souligne notre fondateur, prolonger la vie de chaque “cœur” de calcul est crucial — “chaque cœur que nous ajoutons pour résoudre un problème nous rapproche un peu plus de la solution”. En réutilisant des serveurs d’entreprise et en les mettant à disposition du milieu académique, CFH veille à ce que des recherches prometteuses ne soient pas freinées par un manque de matériel.

Rehausser le niveau: ressources intermédiaires et communauté

Comment faire entrer davantage de personnes dans le HPC ? Maar recommande de « relever le niveau de base, et pas seulement le plafond ». Plutôt que de se concentrer uniquement sur des supercalculateurs de pointe, nous avons besoin de clusters de taille intermédiaire et de ressources cloud accessibles qui permettent aux nouveaux venus d’expérimenter et d’apprendre.

Pour la majorité des projets académiques ou citoyens, l’approche de CFH — offrir des serveurs virtuels abordables via MyResearchCloud — répond parfaitement à ce besoin. En réalité, notre plateforme sert “90 à 95 % des chercheurs sous-desservis”, en proposant des CPU et GPU gratuits ou à faible coût.

L’accès ne se limite pas aux machines. “L’accès concerne aussi les réseaux, la visibilité et le sentiment d’appartenance”, souligne Maar. C’est pourquoi des initiatives mondiales et des réseaux comme Women in HPC existent : ils connectent les chercheurs en début de carrière et les groupes sous-représentés à des mentors et à des pairs. De la même manière, CFH privilégie un accès inclusif en combinant technologie, sensibilisation et formation.

Tendances mondiales: infrastructures et stratégies

La volonté d’élargir l’accès au HPC se reflète également dans les politiques publiques. En Europe, l’initiative EuroHPC cofinance des supercalculateurs et des “usines d’IA” dans les États membres. Au Canada, la Digital Research Alliance mutualise les ressources entre universités et gouvernements.

Maar souligne qu’il existe un “vide intermédiaire”: le marché se divise entre les grandes infrastructures hyperscale et les petits clusters locaux, laissant de côté les besoins de taille moyenne. Ce segment représente pourtant une opportunité — et c’est précisément là que CFH se positionne, en offrant des solutions adaptées aux projets trop grands pour un ordinateur personnel mais trop petits pour un supercalculateur.

Un autre défi souvent sous-estimé est l’énergie. Les centres HPC et d’IA modernes consomment des quantités d’électricité comparables à celles de l’industrie lourde. D’ici 2030, leur consommation pourrait plus que doubler. Le défi n’est pas seulement de produire de l’énergie, mais de la fournir de manière fiable au bon moment et au bon endroit.

Partenariats et gouvernance

Les partenariats public-privé peuvent accélérer l’accès aux infrastructures, à condition d’être bien structurés. Par exemple, la collaboration de CFH avec ThinkOn illustre un échange de valeur clair : CFH apporte sa mission, tandis que le partenaire fournit ses capacités techniques.

Maar met toutefois en garde contre la “philanthropie déguisée” qui peut créer une dépendance. La clé réside dans une gouvernance transparente et une responsabilité partagée à long terme. Cela implique des engagements sur plusieurs années, et non sur des cycles courts.

Femmes, leadership et inclusion

Maar aborde également les obstacles structurels auxquels les femmes sont confrontées dans les écosystèmes d’innovation. Bien que leur présence augmente, “la présence ne signifie pas influence”. Des barrières persistent en matière de visibilité stratégique, de parrainage et d’accès aux instances décisionnelles.

Elle évoque un “coût de crédibilité technique”: les femmes doivent souvent prouver leurs compétences davantage que leurs homologues masculins. “L’industrie parle trop du pipeline et pas assez de culture et de rétention”, affirme-t-elle.

Ses conseils pour les femmes sont clairs :

·       Développer des réseaux multidisciplinaires

·       Construire une communauté tôt

·       Remettre en question les normes

Des infrastructures pour un impact durable

Pour Maar, une infrastructure à impact est celle qui élargit les possibilités. Elle ne se limite pas au matériel, mais inclut la gouvernance, la formation et le soutien communautaire.

Le travail de Computing for Humanity illustre cette vision : réutiliser des serveurs d’entreprise, offrir une plateforme durable (MyResearchCloud) et penser sur le long terme.

Comme elle le souligne, l’infrastructure devient invisible — jusqu’à ce qu’elle fasse défaut. Aujourd’hui, la capacité de calcul est aussi essentielle que l’eau potable ou les hôpitaux.

“ L’infrastructure est un multiplicateur de force”: financer une infrastructure permet de générer des centaines de résultats de recherche au fil du temps.

Pour les donateurs, cela signifie un impact amplifié. Chaque serveur ou cœur de calcul peut accélérer des découvertes en médecine, en environnement et bien plus encore.

Comme le résume Maar :
“Une fois que l’accès devient réel et utilisable, cela change qui peut contribuer. Et lorsque cela change, tout l’écosystème devient plus fort.“ C’est le principe fondamental du travail de Computing for Humanity : élargir l’accès pour que les idées prometteuses ne soient pas limitées par l’infrastructure.

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